De l'utopie à la réalité

      On observe depuis quelques années que le biomimétisme se développe. Cependant, depuis peu, c'est un domaine qui se popularise et on se pose de plus en plus la question : comment l'utiliser ?

 

      La ville a toujours été un centre décisionnel, culturel, économique... Elle est de ce fait l'épicentre des grands enjeux civils et environnementaux auxquels nous devons faire face. Ceci est d'autant plus vrai que la population urbaine croît d'une façon exponentielle depuis une quarantaine d'années. Il est donc urgent de repenser la ville, une ville ô combien créative, mais aussi fortement consommatrice en ressources. Dès lors, comment près de 50% d'urbains et certainement 60 % en 2030, pourront-ils vivre en "symbiose" dans leur propre écosystème urbain et avec les écosystèmes qui entourent la ville ?

      On pourrait alors imaginer une ville qui s'inspire du vivant. Le biomimétisme n'a néanmoins à ce jour jamais été associé au "fait urbain". Il est souvent appréhendé selon une démarche scientifique où l'on reproduit une forme, tel le Shinkansen (train Japonais) s'inspirant du bec du Martin-pêcheur, et moins comme une démarche globale et durable. C'est cette dernière approche que nous allons développer, en nous appuyant sur les travaux de Janine M. Benyus qui fut la première à théoriser à travers un ouvrage paru en 1997 le fait que la nature puisse être appréhendée comme modèle et étalon pour un développement plus harmonieux de nos sociétés. Alors, que pourrait être une ville biomimétique ?
      Ce serait une ville qui fonctionnerait comme un écosystème abouti, où les organismes utiliseraient les déchets en tant que ressources (système des déchets cycliques) et où la diversification et la coopération seraient les vraies lois de la jungle, et non une compétition comme nous avons trop tendance à le voir. Ce serait une ville qui fonctionnerait exclusivement à l'énergie solaire ou aux énergies secondaires (éolien, biomasse...), une ville où l'optimisation remplacerait la maximisation et qui puiserait sa créativité dans les limites qui lui seraient imposées. Ce serait une ville "open source" qui se nourrirait d'informations et enfin qui se fournirait localement. Et les exemples se multiplient pour illustrer cela : l'économie circulaire (valorisant et optimisant le recyclage) fait ses preuves dans nombre d'endroits (exemple de la ville Danoise de Kalundborg), l'architecture symbiotique, l'agriculture urbaine, les "smart cities" qui deviennent petit à petit une réalité. 

      Ce qui manque c'est une mise en relation de tout cela : l’éco-bénéficience. Oui, la ville doit être pensée comme un tout et comme un écosystème abouti qui s'inspire des principes cités ci-dessus. Si nous prenons ce virage, nous pourrons vivre en "symbiose" dans notre écosystème urbain et avec les écosystèmes qui l'entourent. Nous ne parlerons plus d'éco-efficience mais "d'éco-bénéficience". Notre empreinte écologique ne sera plus réduite par nos "courageux" efforts mais elle deviendra positive. C'est le défi de la ville de demain, une ville biomimétique.

      La ville durable telle qu'elle est définie est une zone urbaine qui suit les principes de l'urbanisme écologique et du développement durable, en utilisant le plus possible les énergies renouvelables. Le développement durable qui est le principal composant de la ville durable doit relier l'environnement, l'économie et le social, tout en répondant aux besoins du présent et sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. C'est à dire qu'avant d'obtenir le label de ville durable, ce qui de nos jours n'a pas encore était réalisé, la ville doit respecter de nombreuses contraintes. En effet, le développement durable est fondé sur trois principes qui doivent être réalisés en même temps : Environnement, Économie, Société.

 

     

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Le développement durable demande des moyens et des structures. Les pays du sud ou en cours de développement sont donc rapidement limités dans ce domaine. Les pays les moins avancés ne s'instruisent pas du tout à cause de raisons économiques. Les gouvernements préfèrent garder leurs économies pour d'autres intérêts plus utiles selon eux. Aujourd'hui, la question du développement durable est devenue incontournable dans le débat politique mondial. Tous les pays ne suivent pourtant pas une politique de développement durable au même niveau car ce n'est pas forcément leur priorité.

 

      La ville durable n'existe pas encore, en tout cas dans son concept abouti. Des greffes existent dans certaines villes, comme l'éco-quartier Ginko à Bordeaux où l'on favorise le développement durable ; les habitations sont économes en énergies renouvelables ; les déplacements dans le quartier se font par transport en commun ou bien on utilise les pistes cyclables ; au niveau des déchets, on favorise le compostage ou encore le tri-sélectif ; on récupère les eaux de pluie qui permettent d'arroser les nombreux végétaux présents dans le quartier.

      Toutes ces caractéristiques forment un cadre de vie dans lequel il fait bon vivre. On observe également des expériences de ville durable dans les pays scandinaves comme à Copenhague au Danemark. Sacrée Capitale Verte de l’Europe en 2014, titre qui salue les objectifs ambitieux de la ville, Copenhague prévoit d'obtenir un bilan neutre en carbone d’ici 2025 et compte se débarrasser de toute dépendance aux énergies fossiles d’ici 2035. La ville prévoit également de bannir essence et diesel de ses transports publics au profit de véhicules fonctionnant à l'électricité et aux biocarburants.

      Autre application très concrète, qui voit le jour depuis 2016 : la "Agora Garden". C'est un building biomimétique situé a Taipei (Taiwan). Ce building vert s’inspire de la structure en double hélice de l’ADN. Il propose également aux futurs habitants de cultiver leur propre nourriture depuis leur balcon, bel exemple de réintroduction de l'agriculture au cœur des villes.

 

     

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                          Quartier Ginko à Bordeaux                                                      La Agora Garden de Taipei

 

      Le rapport entre la ville durable et le biomimétisme n'est pas encore établit à l'échelle de la ville. La ville biomimétique reste un projet sérieux, bien que des échantillons voient le jour comme à Vélizy-Villacoublay dans le région parisienne, qui se veut la première ville en France à appliquer cette démarche à l'urbanisme. La ville a demandé à ses étudiants en école de paysagiste la conception d'un futur écoquartier d'une surface de 10000m² ainsi que son aménagement. L'objectif est de "créer une ville en symbiose avec la nature en reconnectant le quartier avec la forêt (qui avoisine le quartier) et en favorisant les espèces naturelles". Parmi les futures réalisations innovantes, un jardin paysagé sur une toiture de 800 m2.

 

      D'autre part, le biomimétisme est à considérer sur le long terme. Si l'on prend comme exemple le développement durable défini pour la première fois au début des années 1990, il prend réellement forme de nos jours soit près de trente ans après.

      Autre facteur à prendre en compte, la capacité de l'Homme à découvrir de nouvelles facettes et innovations de la nature qui ne sont pas forcément évidentes. Mais avec le temps et les avancées scientifiques et technologiques, la nature nous dévoilera ce que l'Homme ne sait pas encore. Il faut savoir mettre en place des projets, sans pour autant les oublier dans les années à venir.

      Prenons pour exemple le projet "Paris 2050" de l'architecte aux projets biomimétiques Vincent Callebaut. Pure utopie ou projet visionnaire, ce qui est sûr, c'est que ce projet nous laisse perplexe. L'architecte nous propose des prototypes de tours à énergie positive prenant en compte les contraintes futures de Paris. Et en 2050, ces contraintes seront toujours et encore le manque de place mais aussi des dérèglements climatiques augmentant les risques d'inondations et de canicules. L'architecte avance qu'il faudra réduire de 75% les émissions de gaz à effet de serre. Dans ce projet, Vincent Callebaut envisage des immeubles de logements multifonctionnels, culminants à plus de 100 mètres de hauteur. Ces tours seraient à énergie positive et végétalisées. Il a été également étudié de réintroduire des formes d'agriculture en ville : les balcons potagers et les vergers communautaires viennent en tête de liste. Toutefois, il ne faut pas oublier que cela reste un projet, comme nous le rappelle l'architecte : "On est bien sûr dans la prospective". Tout a été imaginé à partir de technologies existantes ou en cours d'étude dans les laboratoires. Bien que basé sur de la prospective, ce projet n'est cependant pas coupé de la réalité et s'établit sur le long terme, 2050 représentant le futur proche. On pense déjà à trouver des solutions aux contraintes à venir. Évoquer le biomimétisme reviens donc à penser sur le long terme.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Projet "Paris 2050" de l'architecte Vincent Callebaut